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L'Auteur : Constant OYONO


Bien que condamnée par la critique structuraliste moderne, la référence à la vie de l’auteur reste une démarche essentielle pour éclairer le choix de certains procédés d’écriture ou pour apprécier certaines de ses positions axiologiques.


À en croire la quatrième de couverture de son recueil, Constant Oyono est un esprit éclectique, un « homme-orchestre » qui fonde ses multiples activités sur un leitmotiv irrévocable, satisfaire aux différentes strates de responsabilités qui caractérisent le grand humaniste, à savoir : servir sa famille, son pays, son continent et le monde, et en un mot, servir la Création divine, contribuer à son achèvement, à son perfectionnement. On aurait pourtant pu penser que son adhésion aux affaires (il est à la tête d’un consortium de plusieurs entreprises) en ferait un simple « business man », un « affairiste », un spéculateur, simplement soucieux de se « remplir les poches » d’un argent facilement gagné, mais, de par le rayonnement pédagogique qui est le sien, on devine que cet argent, quand il ne consacre pas seulement un génie « touche-à-tout », lui fournit la plateforme matérielle sur laquelle il pourra envisager sa croisade pour un monde meilleur, « le meilleur des mondes possibles ». L’odyssée ou les « odyssées » en question pourraient bien n’être que l’odyssée de sa vie, toujours parti, toujours revenu, toujours aux prises avec un nouveau projet, avec un nouveau défi, un nouveau combat, de sorte qu’on pourra dire de lui ce que Montaigne a dit de ses essais : « Je suis moi-même la matière de mon propre livre ». Certes, la quatrième de couverture ne révèle rien de sa naissance, de son âge, de son parcours académique ou de son ancrage politique, mais, nous apprenons que l’écrivain poète est de nationalité gabonaise, et, la dédicace vibrante à son père nous confesse qu’il est fils d’Eugène Obame Nguéma, célèbre administrateur civil d’origine fang du clan Ngamoung - Libreville et Port-gentil -, dont il célèbre la mémoire et la stature dans plusieurs poèmes (Départ, Legs, Bénédiction, etc.) et de Valentine Koumba dont il vante les mérites -“symbole de ferveur maternelle, de dynamisme et de bravoure”- d’origine fang également, des clans Effack et Essandone - Bitam - et vungou, des clans Guiroumba et Moubogha - Guietsu - (Elevation). Enfant « naturel », selon l’expression consacrée par la langue française, il grandit pourtant auprès de son père et de ses nombreux frères, sans un sentiment de rejet, mais avec certainement la singularité croissante qu’il sera appelé plus que les autres à faire fructifier le dépôt paternel. Discret sur sa vie, on apprend cependant dans ses rares moments d’épanchement, aux fins surtout de prendre ses propres expériences pour exemples, qu’il est né en 1966 à Libreville et qu’il a le parcours classique d’un jeune Gabonais des classes moyennes, écoles publique de Belle-vue 1 et d’Akébé (de 1972 à 1978) pour l’obtention de son CEP (1978), et, pour son secondaire, le Lycée Technique de Moanda (1978-1984), le lycée d’Etat de Port-Gentil (1984-1986), suivi du Lycée Djoué Dabany (1986-1988), dans des classes qui se caractérisaient alors par une volonté certaine d’entraide entre les condisciples. Il obtient sa réussite en 1989 pour des études universitaires et accède à l’Ecole Supérieure de Commerce de Libreville (Sup de Co) de 1989 à 1993, de 1995 à 1997 et de 1997 à 1999. Il en sortira pourvu de plusieurs diplômes de niveaux croissants, allant du Diplôme d’Etat de Technicien Supérieur (DTS) en Sciences de l’Information et de la Communication (1993), à un diplôme de l’Exécutive MBA (Master of Business Administration, 1999), après avoir soutenu un mémoire sur le thème : La Communication publicitaire dans la gouvernance d’entreprise : cas du Complexe scolaire privé Bourgeons Dauphines. Il est depuis 2013 Doctorant en Sciences de gestion de l'Académie des Sciences du Management de Paris (ASM Paris), à la faveur d’une thèse sur La gouvernance des Institutions privées d’enseignement Supérieur en Afrique. Son ambition : acquérir, maîtriser et s’enrichir davantage de techniques d’information, de communication et de management de haut niveau qui mettent l’accent sur la gestion conçue comme un système intégré, donnant une perception globale de l’environnement économique, social, culturel, éthique et politique. Cette démarche de perfectionnement ira de pair avec l’affirmation d’une double vocation d’enseignant et d’entrepreneur économique qui caractérise certainement le mieux sa vision du savoir, vision pragmatique qui ne peut dissocier la théorie et la pratique, l’appropriation et la transmission. C’est ainsi qu’il profitera de son expérience au Collège Roi Denis (vacataire puis Directeur des études de 1989 à 1991) pour mener de front pendant plusieurs années des activités d’enseignant et la création de plusieurs établissements à vocation éducative, établissement dont le fleuron est incontestablement le remarquable Groupe IHEM, crée en 2004 et doté aujourd’hui de trois (3) Campus. Le plus appréciable est que cet institut est au centre d’un consortium de sociétés qui mènent aussi bien des activités de négoce (Société Nationale d’Import-export et de Distribution - SONID) ou de BTP (Africa BTP Engineering) que des activités de transport (TRANSAF) et de communication (Potentiel), etc. À ces fonctions « principales », il faut ajouter des activités d’appoint qui participent de sa générosité naturelle en même temps qu’elles permettent de canaliser le trop plein d’énergie qui l’anime. Il partage ainsi sa vie depuis des années entre une pléthore d’activités aussi bien associatives que politiques, sportives et religieuses, adepte du principe latin selon lequel « mens sana in corpore sano » , mais, se reconnaissant surtout dans la démarche de Platon selon laquelle la construction de la République doit être l’œuvre de l’élite intellectuelle. C’est ainsi qu’il sera, tour à tour ou simultanément, éducateur et encadreur de jeunesse (dès 1976), sociétaire de clubs de basket-ball d’élite, militant très actif du Parti Démocratique Gabonais (de 1986 à 2003), Secrétaire général de la Fédération nationale UNESCO (1996 à 1999) et membre de l’église évangélique du Gabon (depuis 1999). Dans ces différents cadres, il ne sera jamais un anonyme, mais accèdera à de hautes responsabilités, au terme d’un parcours toujours évolutif et donc méritoire. C’est ainsi que sur le plan politique, après avoir œuvré comme Responsable de section et de fédération d’arrondissement (Awendjé), il sera promu au Comité central du PDG (1991-2003). C’est fort de son expérience du terrain qu’il sera par la suite associé à des initiatives pour la conquête ou la préservation du pouvoir politique, entrant dans les équipes de campagne de personnalités comme Omar Bongo Ondimba (1993, 1998, 2005), Jean-Boniface Assélé (1990), Adrien Nkoghe-Essingone (1996) ou encore Marcel-Eloi Rahandi Chambrier (2001). Sur le plan religieux (Cf. le poème Consécration, pp. 132-133), après avoir été Diacre et Membre du Conseil presbytéral d’Akébé Belle Vue, il sera promu Vice-Président du Conseil presbytéral du Champ d’évangélisation de Mindoubé 2 (2005-2008). Parallèlement à de telles responsabilités, il est Président Fondateur du Mouvement des Jeunes Républicains (MJR), créé lors de la Conférence nationale sur la Démocratie au Gabon (1990) où il milite pour la réhabilitation du Conseil national de la jeunesse (CNJ), et membre fondateur de l’association BATIR (1999). Dans ces différents cadres, son action se caractérise par l’animation ou l’organisation d’évènements sportifs ou socioculturels, d’opérations de solidarité civile (aménagement du Rond-point d’Awendjé, initiateur du plateau sportif du même quartier), de symposiums, de forums, et de conférences où il prend souvent lui-même la parole, dans l’intention d’édifier les foules et de leur faire partager son expérience personnelle. On lui doit ainsi la tenue de nombreuses conférences de même que la publication de nombreux éditoriaux et d’une quarantaine d’articles dans le domaine de la gestion appliquée, publiés dans les colonnes de son propre journal, Potentiel de Libreville. Autant d’engagements qui peuvent nous faire oublier qu’il est un époux et un père de famille comblé (Amours élus), père de dix (10) enfants et grand-père de cinq (5) petits-enfants (Lumière, Présence bénie). Son amour pour les siens et pour les hommes en général affleure à travers tout le recueil, au fil de textes où se manifestent à la fois sa capacité de sacrifice et son altruisme, en homme pour qui le maintien de l’harmonie universelle est plus important que sa détresse personnelle (Elévation, Odyssées).


Entre temps, et en même temps qu’il parcours le monde (Afrique, Europe, Amérique du nord et Asie) pour conforter son expérience de la vie, son existence sera marquée par un long passage à la Direction des Publications de la Cour constitutionnelle du Gabon (1994-2004), où il gravit palier par palier les échelons de la responsabilité, évoluant du poste d’Assistant de Communication Institutionnelle à celui de Responsable du Service des Publications (1998-2004), en passant par un poste de chargé d’études auprès du Secrétaire général de la Cour constitutionnelle de 1995 à 1998 où il a pour mission de mener, sous le contrôle du Secrétaire général, toute activité et campagne d’information et de communication, tant générale que spécialisée, sur l’action de la Cour constitutionnelle, autant sur le plan national que sur le plan international. Il est à ce titre un collaborateur acharné de Marie-Madeleine Mborantsuo, Président de la Cour constitutionnelle du Gabon, une haute personnalité politique qui aura sur lui une influence indélébile, de sorte qu’il recevra en 1996, dans la foulée, des formations complémentaires de Délégué et Rapporteur adjoint de la Cour constitutionnelle du Gabon lors des élections politiques. Les activités rédactionnelles qu’il exerce au sein de cette institution, conjuguées à la passion qu’il entretient depuis sa tendre enfance pour l’écriture, de même que la conscience de porter le nom d’un célèbre écrivain camerounais (Ferdinand Oyono), auteur, entre autres, du Le vieux nègre et la médaille et Une vie de boy, lui feront déclarer un jour ; « manifestement, si je porte un tel nom, c’est que je suis appelé moi-aussi à écrire ». Ainsi en ira-t-il de la plupart de ses vocations, lesquelles se concrétiseront les unes à la suite des autres, selon une certaine logique de « fil-à-aiguille ». S’il ouvre une école (Complexe scolaire Bourgeons-Dauphines) et un lycée (Lycée Privé de l’Excellence), c’est parce qu’il commence par donner des cours de soutien à ses propres enfants ou à des enfants du voisinage ; et s’il fonde un journal (Potentiel), c’est parce qu’il s’est senti très tôt le désir de fixer ses convictions et de les partager avec le plus grand nombre - il animait déjà des journaux de lycées, Miroir au lycée d’Etat de Port-Gentil et le journal Dabany Info du lycée Djoué Dabany. Vocation précoce qu’il saura nourrir par plusieurs stages d’été au quotidien national gabonais l’Union (1987-1988-1992-1993) où il se familiarisera avec les techniques de conception, de rédaction et de distribution d’un journal commercial. Mais, aujourd’hui, conformément aux mécanismes de toute passion débordante, cette écriture qu’il envisageait comme l’accomplissement d’un vieux rêve ou un simple dérivatif à de nombreuses crises personnelles - le décès de son père en 2005 (Ultime, Délivrance, Départ, Legs, Bénédiction), les pertes successives de trois de ses frères cadets (Larmes 1 et 2), un procès interminable contre sa famille maternelle (Elévation, Odyssées)-, semble vouloir l’absorber, le « dévorer » au point de prétendre accaparer son agenda si riche et son emploi du temps si fourni. Incontestablement, le grand voyage littéraire ne fait que commencer !